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08.03.2006
L'actualité en question
Deux fois non à Kadima
par Nessim Cohen Tanugi

Jusqu’à début janvier, on pouvait comprendre que certains aient pu être partisans de Kadima. Mais après les conséquences du désengagement et la publication des premiers éléments du programme du parti, le non s'impose doublement.

Jusqu’à début janvier, on pouvait comprendre que certains aient pu être partisans de Kadima : à son habitude, Sharon avait fait un premier pari en imposant le désengagement de Gaza et un second en créant Kadima. Par définition tout pari est incertain et par définition on en est réduit toujours aux suppositions jusqu’à l’épreuve de vérité du résultat. Sharon a fait beaucoup de paris le long de sa carrière et la réussite a été assez souvent au rendez-vous. On peut donc comprendre que nombreux aient été ceux qui ont été tentés de soutenir l’initiative du désengagement et la création de Kadima.
Pour notre part nous avions pris le risque de prendre d’emblée position contre le pari du désengagement car, par principe, nous estimons inacceptable de jouer l’avenir d’Israël à la roulette, comme s’intitulait l’un de nos articles.
Nous estimions, aussi par principe, au nom du Judaïsme et du sionisme, que la méthode Sharon n’était pas acceptable.
Pour caractériser la politique de Sharon, le terme le plus adapté semble être « l’unilatéralisme. » Depuis des décennies, Sharon décidait unilatéralement. C’était un homme de convictions mais avec une particularité paradoxale : ses convictions étaient successives et souvent contradictoires. Or, quand il avait une conviction, il la mettait en œuvre en pratiquant la politique du fait accompli. Il semblait penser que convaincre est beaucoup plus facile quand le résultat est acquis. S’il réussissait son « coup », on serait bien obligé de lui pardonner sa façon de faire et de reconnaître après coup son talent. Ainsi fit-il à la guerre de Kippour, et au Liban, fonçant droit au but et masquant ses véritables intentions à ses chefs militaires et politiques, y compris au chef du gouvernement, Menahem Begin dont il était le ministre. Ainsi fit-il aussi, impassible aux critiques, pour gagner la bataille de l’intifada. Pragmatique, il l’était, certes, mais au sens originel de cette doctrine : est bon ce qui réussit.

Ainsi a-t-il fait avec le désengagement de Gaza, sans jamais répondre aux questions légitimes qu’on lui posait à ce sujet, sans tenter d’expliciter son but, repoussant du revers de la main et traitant de rebelles ceux qui avaient commis le crime d’exprimer des doutes du bien fondé de sa décision.

On comprend mieux, après coup, pourquoi il ne pouvait exposer clairement ses objectifs, car son but était en fin de compte de fixer unilatéralement les frontières d’Israël, ce qui était parfaitement incompatible avec la feuille de route et ne pouvait être accepté par les Palestiniens. En fait, sous couvert de faire une concession aux Palestiniens, il s’apprêtait à mettre un terme aux discussions bilatérales, probablement parce qu’il ne pensait pas qu’Abbas soit réellement un partenaire pour la paix.

Quoi qu’il en soit, il affirmait que son plan apporterait plus de paix et de sécurité et ferait avancer le processus de paix. C’était une hypothèse plausible même si pour notre part nous pensions que les effets seraient inverses. Les faits n’ont hélas pas donné raison à Sharon et comme nous le craignions, le Hamas et les extrémistes en sont sortis plus forts et de plus en plus certains que la tactique de la violence et du terrorisme était la bonne. Au nom du même du pragmatisme il faut condamner le désengagement de Gaza. Après la victoire écrasante du Hamas aux législatives le doute n’est plus permis.

Or, Kadima met ses pas dans les pas de Sharon et affirme son intention de poursuivre dans cette voie. Dessiner unilatéralement les frontières d’Israël en apportant quelques rectifications aux lignes de cessez le feu de 1967 est devenu ouvertement, clairement le programme de Kadima, sous la houlette d’Olmerth.
Or ce choix est catastrophique. On peut, dans une première approche, rappeler une évidence : les « frontières » de 1967 n’ont en rien apporté la paix, bien au contraire, elles ont suscité l’invasion et la guerre des six jours. Pourquoi aujourd’hui seraient-elles, avec quelques retouches, devenues une panacée alors que les Palestiniens ont plongé dans l’islamisme et le terrorisme, ce qui n’était pas le cas en 1967, et qu’ils ont le soutien inconditionnel de l’islamo-nazisme international, de l’Iran et d’al Qaïda ?

A cette remarque de simple bon sens, il faut ajouter une raison de fond. Dessiner unilatéralement les frontières d’Israël c’est reconnaître tout aussi unilatéralement la légitimité d’un partage du territoire alors que les Palestiniens ne la reconnaissent pas, pas plus que la légitimité d’un Etat d’Israël, même au territoire réduit. Ils le disent, l’écrivent, le proclament. Il est évident que la solution du partage est une solution de compromis qui ne peut satisfaire pleinement ni les Juifs ni les Arabes qui ont le sentiment, tous deux, que cette terre est pleinement la leur. La seule vertu du partage est d’impliquer le renoncement de chacune des parties à son objectif premier au bénéfice de la paix et du refus d’une victoire totale dont le prix passe nécessairement par l’écrasement, voire l’anéantissement de l’adversaire.
Il n’est donc légitime de se résigner au partage que si les deux parties y souscrivent.

Or le Hamas est formel, il refuse de reconnaître Israël et revendique la Grande Palestine. Dès lors une seule stratégie est possible et le marché doit être clair : oui à un Etat palestinien si oui à un Etat israélien. Non à l’Etat israélien impose un non à l’Etat palestinien. La revendication d’une Grande Palestine a pour contrepartie celle d’un Grand Israël. Ce n’est que par ce parallélisme absolu que la raison peut prendre le dessus sur les passions. La paix doit avoir un prix. Un prix égal et douloureux pour les deux parties.

Renoncer unilatéralement à une partie de cette terre est plus qu’une faute, c’est un véritable crime contre la paix.

Il y a pire encore. Lorsque l’on prend connaissance du projet de partage de Kadima on reste confondu devant tant d’irresponsabilité. C’est tout simplement condamner l’avenir, et rendre la confrontation inexpiable.
Qu’on en juge : la Cisjordanie arabe serait constituée de trois îlots de terre, l’un, le plus vaste irait de Djenine à Ramallah, le second, minuscule graviterait autour de Jéricho et le troisième au Sud inclurait Bethléem et Hébron. Mais, et c’est là l’inacceptable, il n’existe aucune continuité entre ces trois îlots et l’on ne peut passer de l’un à l’autre qu’en traversant un territoire israélien. De plus, pour des raisons de sécurité, l’armée israélienne garderait une bande tout au long du Jourdain. Autrement dit les Palestiniens seraient enfermés dans trois ghettos d’où ils ne peuvent communiquer ni entre eux ni avec les Israéliens ni avec les Jordaniens sauf accord exprès des Israéliens. La situation de dhimmis dans les pays arabes paraît moins inhumaine que celle-là. Si cela n’était qu’une injure à la raison, ce devrait être condamné sans réserve. Mais là, c’est aussi trahir le Judaïsme et le sionisme ! C’est bien pire que la proposition de certains extrémistes qui souhaitent chasser les Arabes hors de Palestine. Mieux vaut l’exil que l’enfermement dans une « réserve » ! Pour des raisons d’éthique juive nous sommes opposés à l’expulsion de force des Arabes mais ce confinement est une solution pire encore.

Avec les Arabes de Palestine la Tradition juive nous indique clairement la voie qu’il convient de suivre. La Tradition met ces paroles (citées de mémoire, mais conformes à l’esprit sinon à la lettre ) dans la bouche de Josué se préparant à la conquête de Canaan : « Que ceux qui ne veulent pas vivre avec nous aillent en paix ! Que ceux qui veulent vivre en paix avec nous restent et vivent en paix avec nous ! Et que ceux qui ne veulent ni l’un ni l’autre viennent les armes à la main ! »
C’est cela être Juif et c’est cela agir en Juif.

Chacun de ces choix exige un non à Kadima. C’est donc deux fois non à Kadima.

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