26.05.2006
L'actualité en question
Une politique alternative pour les Territoires
par Robert Cotta
La proposition de référendum d'Abou Mazen prouve qu'il n'est pas plus un partenaire pour la paix que le Hamas. Que faire alors ?
(Le Lien N° 264)
De toute évidence, comme l'a reconnu le Président Bush, lors de l'accueil d'Olmerth à Washington, Israël ne peut négocier avec ceux qui projettent sa destruction. Sur ce point il y a aussi accord – au moins verbal – de l' Europe et de l'O.N.U.
Le Hamas a eu la franchise de confirmer qu'il n'était nullement question de reconnaître Israël et que la seule avancée possible serait éventuellement une "Houdna", une trêve, pour dix ans peut-être. C'était déjà la position du Cheikh Yacine, le fondateur du mouvement. Il faut savoir d'abord ce qu'est la Houdna : c'est une disposition coranique qui autorise les musulmans à suspendre le Djihad contre les infidèles lorsqu'ils ne sont pas en mesure de les vaincre, non pour tenter d'arriver à un compromis, mais pour donner aux forces musulmanes le temps de se renforcer et de relancer le Djihad dans des conditions optimales. Cette idée de Houdna a été également adoptée par l'OLP dans le plan dit par étapes et Arafat n'a pas caché que c'est dans cet esprit qu'il avait signé les accords d'Oslo.
Accepter cette proposition serait non seulement stupide mais encore suicidaire pour Israël.
Cependant, le Président Bush a encouragé Olmerth à reprendre les négociations avec Abou Mazen qui lui paraît un "partenaire possible pour la paix".
Malheureusement Bush se trompe et Abbas lui-même vient de le démontrer au lendemain du retour d'Olmerth de Washington. Il a menacé le Hamas de recourir à un référendum pour l'autoriser à négocier avec Israël. Excellente nouvelle ! Malheureusement l'exposé détaillé de son projet prouve qu'il poursuit exactement le même but que le Hamas en termes un peu plus diplomatiques et sournois.
La presse a présenté son projet de manière falsifiée en prétendant qu' Abbas aurait lancé un "ultimatum" au Hamas, lui accordant un délai de dix jours pour s'entendre avec son parti, le Fatah, sur une plate-forme politique commune. Sinon, a-t-il annoncé, il organisera un référendum "sur la question clé de la reconnaissance d'Israël" pour sortir de l'impasse.
C'est faux : Abbas a clairement annoncé que ce référendum se fonderait sur un document-programme que viennent d'élaborer des prisonniers de marque en Israël, signé ensuite par le chef du Fatah, Marwan Barghouti, et le cheikh Abdoul Khalek Natcheh, un dirigeant du Hamas.
C'est ce document qui serait soumis à référendum : " Si vous ne parvenez pas à un accord d'ici là, je vous le dis en toute franchise, je soumettrai ce document à référendum".
Qu'y a-t-il écrit dans ce document ? Exactement ce que l'on entend depuis plus de dix ans :
- retour intégral aux frontières de 1967 ( en réalité, des lignes de cessez le feu dont l'ONU précisait qu'en aucun cas elles ne sont des frontières ! ). Cela veut dire que tout Jérusalem-Est, y compris le Mur de lamentations, deviennent palestiniens ainsi que les quartiers de Jérusalem comme Pisgat Zeev ou Guilo, toutes les villes comme Maalé adoumim, Goush Etsion, Ariel etc. et toutes les implantations sans aucune exception. Il faut évidemment y ajouter le Golan et la partie nord du lac de Tibériade, pourtant une conquête par les armes de la Syrie. A ceux qui prétendent que ce sont des revendication légitimes rappelons que la résolution de l'ONU ne demande pas la restitution de "tous" les territoires : cela a été maintes fois explicité par les rédacteurs de l'acte eux-mêmes. D'ailleurs le document parle bien de nouvelles frontières "sûres et reconnues" pour Israël.
Non seulement cette exigence est illégitime mais elle est de plus stupide : quand un agresseur perd la guerre qu'il a déclenchée il doit toujours perdre quelque chose. A défaut, ce serait une invitation à la guerre : si on gagne, on prend tout et si on perd on ne perd rien. Un jeu toujours gagnant qu'il serait stupide de ne pas jouer !
- Retour, en Israël même, des réfugiés - aujourd'hui près de 4 millions. Israël deviendrait ainsi palestinien de par la démographie.
- Un Etat palestinien serait proclamé sur ces territoires. Mais à aucun moment il n'est question d'une reconnaissance de l'Etat d'Israël en contrepartie !
Abbas le confirme implicitement lorsqu'il déclare : "Il faut faire face à la réalité, cesser de rêver et prendre ce que l’on peut recevoir ACTUELLEMENT, c’est-à-dire un Etat palestinien sur les lignes de 67". Il confirme bien qu’il n’accepterait pas "de laisser une seule pierre d’une implantation israélienne sur les terres de 67".
Il faut toute la partialité et la mauvaise foi de la grande majorité des médias français pour parler de reconnaissance et de paix avec Israël. La mauvaise foi des journalistes n'a pas de borne : l'un d'entre eux écrit que ce document qui exige l'adhésion du Hamas et du Djihad à l'OLP équivaut à une reconnaissance d'Israël, "puisque la Charte de l'OLP reconnaît Israël." C'est pire que faux c'est un mensonge car la Charte de l'OLP nie le droit à l'existence d'Israël et cet article n'a jamais été aboli autrement que verbalement !
Le projet d'Abbas n'est rien d'autre que le "Plan par étapes" adopté par l'OLP à Alger bien avant Oslo, et rien d'autre que la position d'Arafat : alors il faut conclure qu'Abbas pas plus que le Hamas n'est un partenaire pour la Paix.
Que faire alors ? Une partie de l'opinion israélienne voudrait annexer la Cisjordanie. Certes ce serait légitime du point de vue juif. Mais il n'est pas possible d'intégrer à Israël les millions de Palestiniens qui y sont nés et y habitent. Il n'est évidemment pas possible de les chasser et encore moins de les exterminer ! Il y a bien un problème avec ces territoires et en plagiant Abbas nous pourrions dire aussi "Il faut faire face à la réalité, cesser de rêver et prendre ce que l’on peut garder ACTUELLEMENT"
Mais il n'est pas possible de laisser Gaza et la Cisjordanie entre les mains de criminels, de fanatiques et d'antisémites viscéraux. La pire des solutions serait celle d'Olmerth, se retirer sans contrepartie ni garanties. Ce serait du pain béni pour les Islamistes palestiniens. Une seule solution existe qui serait d'ailleurs la seule à être parfaitement conforme aux Résolutions de 1967 : restituer la Cisjordanie et Gaza à ses propriétaires de 1967, la Jordanie et l'Egypte.
Ces pays sont parfaitement capables d'y assurer l'ordre, la sécurité, le développement économique et social ainsi que la paix.
Le problème de Jérusalem serait alors facile à régler : la Jordanie a une capitale, Amman, et ne souhaite que l'autorité religieuse sur l'Esplanade. On pourrait avec elle redessiner les frontières quitte à lui donner en échange quelques territoires frontaliers. De plus, dans un contexte de paix, les Juifs pourraient se déplacer librement en Cisjordanie pour y visiter des sites ou pour toute autre raison.
Quant à Gaza, désormais que nous nous en sommes retirés, l'Egypte pourrait la conserver. Ce serait son intérêt car la consolidation d'un "Hamas land" à Gaza menace autant l'Egypte qu'Israël.
Il serait temps de s'engager dans cette politique alternative qui devrait satisfaire tout le monde y compris les Palestiniens. Sauf les Islamistes…
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