03.08.2006
L'actualité en question
Discours de Tony Blair sur la guerre du Liban et le combat contre l'islamo-terrorisme
par Tony Blair
A Los Angeles, le 1er août 2006, Tony Blair a appelé à une complète remise à plat de la politique étrangère : la guerre contre le terrorisme est une guerre totalement non conventionnelle, qui ne pourra être gagnée que par notre aptitude à démontrer la supériorité de nos valeurs et notre sens de l'équité.
(Très larges extraits)
"Ce qui se passe aujourd'hui au Moyen-Orient, en Afghanistan et au-delà est une bataille fondamentale pour les valeurs dont nous sommes porteurs. C'est une bataille entre ce que j'appellerais l'islam réactionnaire et l'islam modéré. C'est une guerre que nous menons, non seulement contre le terrorisme, mais aussi pour le tour que prendra le monde au 21e siècle, et pour les valeurs qu'il se choisira.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis sont intervenus en Afghanistan et en Irak, et se sont fait un point d'honneur à démocratiser le monde arabe. Il ne s'agissait pas pour eux de changer les régimes en place, mais de changer les valeurs qui gouvernaient ces pays.
(…) Certes, les fanatiques tenants d'un islam réactionnaire, s'étaient livrés au terrorisme bien avant le 11 septembre - en Tchétchénie, en Inde, au Pakistan, en Algérie et dans bien d'autres pays musulmans où ils commettaient des atrocités. Mais nous n'étions pas directement concernés et nous détournions donc les yeux et manquions de volonté. Nous avions à peine entendu parler des talibans et nous inclinions à penser que c'était les gouvernements de ces pays qui étaient en partie responsables du terrorisme qui les frappait. Nous avions tort. Tous ces actes n'étaient pas des incidents isolés. Ils découlaient tous d'un courant de pensée qui voulait que les musulmans, gagnés par la culture occidentale, s'étaient éloignés de leur foi, avec la traître complicité de certains de leurs frères, actifs dans cette mainmise, et que la seule façon de retrouver leur confiance en eux et leur estime d'eux-mêmes était de s'en prendre à l'Occident.
(…) Et c'est ce qui est arrivé avec le 11 septembre. Je suis toujours sidéré d'entendre les gens dire que c'est parce que nous avons envahi l'Afghanistan et l'Irak qu'il y a eu cette montée en puissance du terrorisme. Mais le 11 septembre était bien antérieur. Ce n'est pas nous qui avons commencé. C'est nous qui nous sommes fait attaquer.
(…) Nous nous sommes battus pour des valeurs, car nous avons compris que nous ne viendrions pas à bout d'une idéologie fanatique en jetant en prison ou en tuant ceux qui la répandaient. C'était les idées qu'il fallait mettre à mal.
(…) Il existe cependant une cause qui, dans le monde entier, unit le monde islamique et que même les musulmans les plus occidentalisés trouvent injuste et, pire, humiliante : la Palestine.
(…) L'islam réactionnaire s'en est donc emparé. D'abord à Gaza, puis au Liban. Ils savaient très bien ce qui arriverait - que leurs actes terroristes entraîneraient des représailles massives de la part d'Israël et qu'en quelques jours le monde entier aurait oublié les provocations initiales pour ne plus s'indigner que contre les mesures de rétorsion. Il s'agissait de contraindre les modérés à choisir leur camp entre les États-Unis et la rue arabe, furieuse de ce qu'elle voyait tous les soirs à la télévision. Et c'est ce qui est arrivé.
(…) Je trouve incroyable que l'opinion publique européenne mette l'émergence du terrorisme à notre passif. (…) De même qu'elle y voit un produit de la pauvreté. Certes, le terrorisme en fait son terreau, mais les fanatiques ne sont pas particulièrement les champions du développement économique, obnubilés qu'ils sont par leur extrémisme religieux.
(…) Comme tout être humain doué de sentiments, je déplore profondément les pertes de vies humaines au Liban ; je m'associe à la douleur du pays ; je compatis à son épreuve et je veux voir cesser immédiatement les hostilités. Mais mettons-nous un instant à la place d'Israël. Déjà en butte à une crise à Gaza, où un soldat a été kidnappé par le Hamas, il a affaire au Hezbollah, toujours actif au Liban Sud en dépit de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui tue huit de ses soldats et en ravit deux autres, pour ensuite envoyer des tirs de mortier sur sa population civile au nord du pays.
Le Hezbollah tient ses armes de l'Iran, lequel finance aussi désormais les militants du Hamas. Le président iranien demande à ce qu'Israël soit rayé de la carte et essaie de se doter de l'arme nucléaire. Pour compléter le tableau, son principal voisin à l'Est est la Syrie, qui soutient le Hezbollah et abrite les leaders purs et durs du Hamas.
Ce n'est pas exactement confortable comme situation !
(…) Quelles que soient les manifestations que prenne ce combat, c'est un combat pour des valeurs universelles. (…) Nous devons donner à l'islam modéré les moyens de venir à bout de l'islam réactionnaire. (…) Si nous n'y sommes pas encore parvenus, c'est parce que nous ne mettons pas assez d'énergie et d'opiniâtreté à combattre pour les valeurs qui sont les nôtres.
(…) Certes, nous n'avons pas encore gagné. Mais il y a beaucoup de raisons d'être optimiste à long terme. Dans tout le Moyen-Orient un processus de modernisation est à l'œuvre, qui s'oppose aux forces de la réaction. (…) En Irak, en Afghanistan et bien sûr au Liban, les populations, chaque fois qu'il leur est permis d'avoir voix au chapitre, font le choix de la démocratie. Le mythe selon lequel la démocratie, le règne de l'état de droit, les droits de l'homme seraient des concepts occidentaux, étrangers à l'islam, ne tient plus.(…)
Comment allons-nous faire maintenant pour donner aux modérés les moyens de vaincre les extrémistes ?
1. En soutenant et en alimentant la voie de la modernisation, et en bâtissant des alliances solides avec tous ceux qui au Moyen-Orient en prennent le chemin.
2. Comme l'a dit le président Bush vendredi, en redynamisant le processus de paix entre Israël et la Palestine. (…) Nous savons tous maintenant que la solution est la coexistence de deux États. Un État palestinien indépendant, viable, démocratique, qui ne menace pas la sécurité de l'État d'Israël.(…)
3. Nous devons amener l'Irak à sortir de la crise et à devenir l'État démocratique et non sectaire auquel aspirent les Irakiens. La lutte de l'Irak et de l'Afghanistan pour la démocratie est notre combat.
4. Nous devons faire valoir à la Syrie et à l'Iran qu'ils ont le choix : soit ils reviennent dans le concert des nations en respectant la même règle du jeu que nous, soit ils nous trouveront en travers de la voie. Il est inadmissible qu'ils soutiennent le terrorisme, exportent l'instabilité et cherchent à étouffer les perspectives de démocratie en Irak. (…)
C'est une stratégie applicable à tout le Moyen-Orient dont nous devons nous doter. Nous devons opposer à l'arc de l'extrémisme auquel nous sommes confrontés un arc de modération et de réconciliation. (…) Le terrorisme islamiste mondial a pris naissance au Moyen-Orient. Le jour où nous aurons réglé les problèmes de la région, il reculera inexorablement. (…)
Le combat à mener s'inscrit dans une perspective plus large. Si la droite et la gauche veulent encore dire quelque chose en politique, le nouveau clivage déterminant est aujourd'hui entre l'ouverture et le repli sur soi. Quelle réponse apporter à la mondialisation ? Le protectionnisme ou le libre-échange ? Comment répondre à la pression des flux migratoires ? Par l'immigration choisie ou par la fermeture des frontières ? Quelle est la parade à opposer aux menaces qui pèsent sur la sécurité du monde ? L'isolationnisme ou la politique de la main tendue ?
L'immigration est de loin le plus grave problème qui se pose à l'Europe actuellement. (…) Le monde est interdépendant. La seule realpolitik moderne est l'engagement. (…)
Ce qui m'amène à des considérations sur la politique américaine. Prendre toujours la tête du combat, être toujours aux avant-postes, bâtir des alliances, aller au-devant des autres, montrer que l'unilatéralisme, même s'il ne peut pas toujours être écarté, n'est pas l'option préférée. Tel est le conseil que j'aurais à donner.
Réfléchir aux instruments à mettre en place pour remédier au problème du changement climatique en 2012, quand le protocole de Kyoto aura expiré, devrait être la priorité des États-Unis. L'Amérique veut une économie non polluante. Elle investit lourdement dans les technologies propres. Elle a besoin de la croissance de la Chine et de l'Inde. Le monde est prêt pour un nouveau départ. Qu'elle le conduise !
(…) C'est une bataille de valeurs que nous devons mener. Des valeurs qui méritent qu'on se batte pour elles. De tout temps, elles ont été un progrès pour l'humanité. Le moment est venu de se battre à nouveau pour elles."
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