21.08.2006
L'actualité en question
Quand l’ONU fomente la prochaine guerre
par Philippe Barraud
Le cessez-le-feu intervenu au Liban aura des conséquences catastrophiques. Sauf pour l’armée du Hezbollah, sauvée par l’ONU.
Il faut vraiment une bonne dose d’autosuggestion ou de naïveté pour croire, ne fût-ce qu’une fraction de seconde, que le cessez-le-feu intervenu au Liban va résoudre quoi que ce soit. En réalité, il a été mis en place au plus mauvais moment, et ses conséquences vont endeuiller le Proche-Orient avant qu’il soit longtemps.
Contrairement à ce qu’ont pu proclamer quelques commentateurs égarés, le Hezbollah n’a pas «remporté une brillante victoire» face à l’armée israélienne. En réalité, il était sur le point d’être laminé, et c’est pourquoi il a demandé lui-même grâce en proposant un cessez-le-feu. L’ONU et la communauté internationale se sont engouffrées dans le piège, et ont offert sur un plateau le répit souhaité par le mouvement chiite.
Et que voit-on maintenant? Un Hezbollah qui reconstitue son armée, regarnit ses bunkers d’armes de plus en plus puissantes, achète la bienveillance de la population en dollars et en liquide et impose, comme devant, sa propre loi au sud du Liban. L’armée libanaise, qui devait symboliser la souveraineté du Liban sur son Sud, a certes été «déployée», mais ne fait rien pour empêcher ce retour à la case départ, ni surtout pour désarmer le Hezbollah, ce dont elle n’a pas les moyens.
Mais l’ONU? Après des déluges de rodomontades et de phrases martiales, tout le monde se défile, et la Finul ne sert à rien. La France abandonne soudain ses velléités de leadership, réalisant qu’elles pourraient avoir un coût. «Nous comprenons qu'un pays ne veuille pas exposer la vie de ses soldats au Liban. Mais dans ce cas, il ne faut pas exiger de jouer les premiers rôles,» fait-on remarquer dans l’entourage du Premier Ministre israélien.
C’est ainsi que l’intervention de l’ONU, qui n’est rien d’autre que publicitaire — «Vous voyez, nous servons à quelque chose ! » — s’avère totalement contre-productive. Il est évident en effet que les tirs de roquettes vont reprendre sous peu, et qu’Israël devra bien riposter. Il eût été bien préférable de laisser Tsahal extirper complètement l’armée du Hezbollah du Liban-Sud, car personne ne peut et ne pourra le faire à sa place.
Même l’idée d’une force d’interposition internationale est absurde: le Hezbollah s’abriterait derrière elle pour tirer ses missiles, comme il s’abritait hier derrière les femmes et les enfants libanais!
Pour l’Etat hébreu, la situation est bien pire aujourd’hui qu’avant la guerre. Il se retrouve face à un problème de sécurité aigu, mais dans un contexte politique et psychologique fortement dégradé. Le parti pris des médias européens, voire des gouvernements (ou de certaines ministres...) contre Israël a fait des ravages dans les esprits. Il n’est que de lire le courrier des lecteurs de nos journaux et magazines pour mesurer l’ampleur de la haine, voire de l’antisémitisme ainsi libérés.
A cet égard, il est effarant de constater à quel point un discours marqué d’un fort «tabou» il y a quelques mois encore, ne dérange plus personne. Le président iranien réclame à peu près chaque semaine la liquidation d’Israël, et donc le génocide qui va avec: quel pays l’a assigné devant la Cour pénale internationale? Quel pays respectueux des droits de l’homme a demandé le rappel de son ambassadeur?
Il est malheureusement vrai qu’on s’accoutume au pire. Aujourd’hui, la liquidation d’Israël est devenu une revendication courante, non seulement dans le monde musulman, mais aussi Europe, et jusqu’en Suisse. Elle n’est même plus choquante, elle a acquis une forme de banalité, qui demain prendra forme de légitimité. Et peut-être que quelque prochain jour, «La Première» invitera ses auditeurs à un de ses débats rapides sous le titre: «Faut-il supprimer Israël ? Et vous, qu’en pensez-vous?»
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