27.09.2009
Les enjeux de l'actualité
Jeux dangereux : l’Iran, la Russie et les USA
par Robert Cotta
L’islam a causé des torts tout à fait considérables à la Russie et a gravement aidé à sa déstabilisation. Il paraît donc irrationnel et dangereux pour elle de faire alliance avec l’Iran qu’elle aide pourtant militairement mais aussi diplomatiquement. Il y a forcément des raisons majeures à cette étrange alliance contre nature...
On est en droit de s'interroger sur l'étrange attitude la Russie avec l'Iran. Mieux que tout le monde, les Russes savent les dégâts occasionnés à l'islamisme qui les a vaincu en Afghanistan, qui a détaché les satellites de la "ceinture verte" ( les Etats à majorité musulmane qui ont quitté l'Union soviétique ), qui a mis à feu et à sang la Tchétchéni et ébranlé le Daghestan tandis que les musulmans s'infiltrent en nombre en Russie en nombre considérable (environ 25 millions), plus que tous les autres pays d'Europe réunis. Poutine ne se fait aucune illusion sur leur danger : il les combat férocement à l'intérieur de la Russie et s'en méfie comme de la peste. Or l'Iran est aujourd’hui le chef de file de l'islamisme mondial et peut constituer demain un danger majeur pour les Russes si les circonstances le permettaient. Tout cela, Poutine et Medvedev, bien sûr, le savent parfaitement.
UNE ALLIANCE CONTRE NATURE
Pourtant, les Russes se posent en alliés de l’Iran. Ils l’ont aidé techniquement et matériellement à se nucléariser, lui fournissant du savoir technique et pratique pour bâtir des centrales et des sites nucléaires. Ils lui fournissent des armes dangereuses et efficaces, défensives et offensives, pour empêcher toute attaque contre le régime iranien. Ils envoient aussi des armes aux talibans via les mollahs. Le régime des mollahs est l’allié stratégique de la Russie.
Plus encore, la Russie offre un boucler diplomatique à l’Iran. Attaquer l’Iran équivaut à attaquer la Russie. Elle a condamné l’idée d’un recours à la force contre la nucléarisation iranienne. Il y a quelques mois, la Russie s’était opposée à de nouvelles sanctions en affirmant que la surveillance vidéo de l’AIEA ne montrait aucune activité nucléaire suspecte. Elle a proposé de faire confiance aux mollahs et de se contenter de renforcer cette surveillance. Moscou a renouvelé son hostilité à de nouvelles sanctions et a appelé à une nouvelle solution négociée globale qui traiterait l’Iran en ami et non en suspect.
On se souvient la réaction russe très vive à l’idée de sanctions unilatérales évoquées par Kouchner. Elle a levé la plus grande protestation contre ses propos et le ministre a du battre en retraite en déclarant : « Je ne veux pas la guerre, je veux la paix… Tout doit être fait pour éviter la guerre, il faut négocier, négocier, négocier, sans relâche, sans crainte de rebuffade ».
Elle a menacé Israël s’il attaquait l’Iran et mis en garde contre les «conséquences possibles» d’une telle opération dans la région. Mikhaïl Marguelov, président du Comité des affaires internationales du Sénat russe, a estimé qu’« une guerre contre l’Iran pourrait avoir des conséquences difficilement prévisibles, bouclerait l’anneau Afghanistan-Iran-Irak et ne manquerait pas d’affecter les Territoires Palestiniens, Israël et la Syrie… ». Il est difficile d’être plus clair.
L'ENJEU DE L'ASIE CENTRALE
Pourquoi ce soutien ? C’est que la Russie a besoin du régime pour interdire tout accès américano-européen en Asie Centrale. En effet cette région est très riche en pétrole mais encore plus en gaz. Mais ces pays sont confinés par la géographie et contraints de commercer d'abord avec leurs voisins, l’Afghanistan, l’Iran et la Russie : ils n’ont pas d’autre alternative pour exporter leur pétrole ou leur gaz. La Russie a évidemment pris la part du lion. Elle contrôle le transit du gaz de ces pays vers ses clients principalement Européens. Elle dispose ainsi d’importants revenus, et elle est devenue leader du marché gazier mondial.
Il faut savoir que la Russie est aujourd’hui le second exportateur mondial du pétrole grâce auquel elle a gagné tant de dollars qu’ils lui ont permis non seulement de rembourser toutes ses dettes mais aussi de prêter de l’argent à ses créanciers européens. Elle a même effacé les dettes de quelques uns de ses clients en leur vendant en contrepartie des armes au point de devenir le plus important exportateur d’armes au monde.
Mais elle a construit un immense réseau de gazoducs que nous avons décrit dans « L’enjeu asiatique » ( numéro 311 du 27 avril), représentant 80% de la production régionale. Ils sont sur le point d’investir dans un gazoduc entre l’Iran et le Pakistan afin d’orienter le gaz iranien vers le marché chinois pour bloquer les projets et initiatives américaines.
Téhéran joue sur les deux tableaux, russe et américain, et envisage de participer à un projet de pipe line d’origine américaine qui contournerait le territoire russe, le projet White Stream, contraire aux intérêts stratégiques de la Russie. En même temps, les mollahs bloquent le processus en faveur des Russes.
Pour des raisons idéologiques, l’Iran soutient la rébellion afghane et la Russie en fait autant de sorte qu’elle est devenue la seule voie d’accès aux richesses énergétiques de l’Asie centrale.
L’Iran est devenu le pivot de l’antagonisme russo-américain. La Russie a besoin de l’Iran pour garder la main mise sur les richesses de l’Asie centrale, les Américains ont besoin de l’Iran pour casser la main mise russe dans la même région.
Du coup le régime des mollahs tente de se tourner vers Pékin. Rafsandjani a reçu l’ambassadeur de la Chine pour lui assurer que la Chine était le « meilleur partenaire de l’Iran depuis 1979 ». Mais la Chine n’a pas bougé : elle n’a aucune confiance envers les mollahs et elle a vu récemment comment le ferment islamiste ouïghour menaçait à ses frontières.
En fait c’est le carrefour de l’Asie centrale qui est l’enjeu de la compétition russo-américaine et l’Iran détient le verrou de cette région.
DES CONCLUSIONS HELAS TRES CLAIRES
Voilà pourquoi Russes et Américains ne veulent en aucun cas d’une attaque israélienne sur l’Iran car aucune des deux parties n’a actuellement les moyens de faire pencher l’Iran de son côté.
L’Iran, dangereux pour la Russie, les Etats-Unis et l’Europe, est courtisé paradoxalement et irresponsablement à la fois par l’Occident et la Russie.
C’est ainsi qu’Israël se trouve empêtré dans une nasse par suite des politiques antagoniste américaines et russes et c’est ainsi que l’Iran peut sans danger œuvrer à la destruction d’Israël.
Notre conclusion ne peut être que très sévère envers les deux grands qui sont prêts à vendre leur âme au bénéfice de leurs deux valeurs idolâtres : le pouvoir et la richesse. Inévitablement les générations qui viennent devront payer lourdement leur myopie politique.
L’islamisme, en effet, n’est pas un jeu politique politicien mais une vision maléfique d’envergure à l’échelle de la planète. La politique, quand elle ne se subordonne pas à des valeurs, voit les arbres mais pas la forêt, elle met en péril la civilisation et engendre la barbarie. Ainsi naissent les Hitler, les Saddam Hussein et autres Ahmadinejad.
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